Chroniques ordinaires d'une prof ordinaire
alors voilà, tu te casses la tête à avoir un peu d'ambition pour tes élèves, qui je te le rappelle, passent leur bac en fin d'année, en série générale; tu concoctes un délicieux petit programme sur le théâtre au XVIII°sicèle, tu le bichonnes, tu le peaufines, tu l'aimes ton cours....
et tu le fais, ce matin, entre 10h00 et 12h00.
Tu parles, que dis-je tu parles...tu dissertes, tu t'enflammes, tu te rappelles qu'il n'y a pas si longtemps tu n'étais pas anesthésiée par la maternité et les séries de TF one (en même docteur House, c'est quand même pas une simple et vulgaire série, non ????), donc tu te souviens que tu fus une étudiante pas trop nulle et tu te remets à réfléchir et à aimer ça;
donc tu causes, tu speeches, tu parles pendant une heure, voire deux - le temps ne te paraît pas trop long - de Marivaux, de préciosité, de badinage, de marivaudage, tu gloses à perte de vue sur la complexité de l'analyse du sentiment amoureux naissant, sur l'esprit brillant du siècle des lumières....accessoirement, tu files des conseils sur la méthode du commentaire littéraire, tu écris fébrilement au tableau, tu effaces, tu écris, tu effaces, tu mouilles ta chemise...
et ma foi, l'auditoire ne disant pas grand chose, mais grattant presque fébrilement sur son cahier, tu t'y crois.
Ouais tu t'y crois.
Puis ça sonne, tu t'éponges le front, assez contente de toi, faut le dire, pas modeste, mais plutôt contente d'avoir conjugué enseignement et intelligence, le tout dans le silence (tu parles d'une équation irréalisable !!!)
ça sonne, t'as même pas fini ta phrase, les élèves ont déjà leur mainteau, déjà rangé leurs affaires et déjà tripotent leur portable 29° génération, avec tout plein de fonctions.
Là ta modestie en prend un coup, mais tu te consoles en te disant qu'ils ont faim, ces chérubins...d'ailleurs, toi aussi t'as faim, c'est tout dire que tu peux bien être compréhensive.
Et là, ta meilleure élève, te coupant donc la parole, celle dont tu étais précisément si fière ce matin, te dit d'un ton quasi pénétré "Madaaaaaaaaaaaaaaaaame !! Carlos est mort !!!"
Alors toi, baignant toujours dans l'intellectualité de ton cours sur l'esprit précieux et le badinage chez Marivaux, tu te rappelle que oui, la terre n'a pas cessé de tourner et tu réponds, interloquée :
"Le terroriste ?????" en te rappelant les fameux plaidoyers de Maitre Vergès....
Et là, on te dit "ben non hein, le chanteur, enfin, madaaaaaaaaaaaame !!!"
Et toute la classe de commenter avec un intérêt tel que tu comprends que 15 minutes avant, en fait, il s'en fichaient juste un peu, en fait...ils étaient juste assommés. morts d'ennui.
Ben tu sais quoi, on est peu de choses....
et tu le fais, ce matin, entre 10h00 et 12h00.
Tu parles, que dis-je tu parles...tu dissertes, tu t'enflammes, tu te rappelles qu'il n'y a pas si longtemps tu n'étais pas anesthésiée par la maternité et les séries de TF one (en même docteur House, c'est quand même pas une simple et vulgaire série, non ????), donc tu te souviens que tu fus une étudiante pas trop nulle et tu te remets à réfléchir et à aimer ça;
donc tu causes, tu speeches, tu parles pendant une heure, voire deux - le temps ne te paraît pas trop long - de Marivaux, de préciosité, de badinage, de marivaudage, tu gloses à perte de vue sur la complexité de l'analyse du sentiment amoureux naissant, sur l'esprit brillant du siècle des lumières....accessoirement, tu files des conseils sur la méthode du commentaire littéraire, tu écris fébrilement au tableau, tu effaces, tu écris, tu effaces, tu mouilles ta chemise...
et ma foi, l'auditoire ne disant pas grand chose, mais grattant presque fébrilement sur son cahier, tu t'y crois.
Ouais tu t'y crois.
Puis ça sonne, tu t'éponges le front, assez contente de toi, faut le dire, pas modeste, mais plutôt contente d'avoir conjugué enseignement et intelligence, le tout dans le silence (tu parles d'une équation irréalisable !!!)
ça sonne, t'as même pas fini ta phrase, les élèves ont déjà leur mainteau, déjà rangé leurs affaires et déjà tripotent leur portable 29° génération, avec tout plein de fonctions.
Là ta modestie en prend un coup, mais tu te consoles en te disant qu'ils ont faim, ces chérubins...d'ailleurs, toi aussi t'as faim, c'est tout dire que tu peux bien être compréhensive.
Et là, ta meilleure élève, te coupant donc la parole, celle dont tu étais précisément si fière ce matin, te dit d'un ton quasi pénétré "Madaaaaaaaaaaaaaaaaame !! Carlos est mort !!!"
Alors toi, baignant toujours dans l'intellectualité de ton cours sur l'esprit précieux et le badinage chez Marivaux, tu te rappelle que oui, la terre n'a pas cessé de tourner et tu réponds, interloquée :
"Le terroriste ?????" en te rappelant les fameux plaidoyers de Maitre Vergès....
Et là, on te dit "ben non hein, le chanteur, enfin, madaaaaaaaaaaaame !!!"
Et toute la classe de commenter avec un intérêt tel que tu comprends que 15 minutes avant, en fait, il s'en fichaient juste un peu, en fait...ils étaient juste assommés. morts d'ennui.
Ben tu sais quoi, on est peu de choses....
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